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Les airs de Jo

“Recueil de partitions de 117 mélodies du répertoire
de Joseph Perrier, violoneux de l’Artense”.
Livre. 158 pages.

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Ref. AEPEM 11/01

Livre 158 pages.
117 mélodies du répertoire de Joseph Perrier, violoneux de l'Artense (Auvergne) mises en partitions par Laurence Dupré et Jean-François Vrod.
Avec l'aide de Frédéric Aurier, Jean-Marc Delaunay, Stéphane Milleret et Jean-Pierre Simonnet.
En coproduction avec Laurence Dupré, Jean-François Vrod et MUSTRADEM.

Contient :
1) 51 Bourrées
2) 30 Valses
3) 11 Mazurkas
4) 5 Polkas
5) 3 Polkas piquées
6) 4 Scottishs
7) 1 Scottish-Valse
8) 1 Brisepied
9) 1 Valsovienne
10) 5 Marches de noces
11) 5 Réveillez
12) 1 Chanson

«Le 7 janvier 2003, le violoneux Joseph Perrier nous quittait.
S’éteignait alors une grande voix de la musique populaire du massif central.
Né en 1911 dans la région de Bort-les-Orgues dans le nord du Cantal, la présente publication lui est consacrée à travers la notation de 117 mélodies de son répertoire avec leur système d’ornementations et de variations.
Pour réaliser ce travail, nous avions pu avoir accès à des enquêtes réalisées de 1974 à 2003.
Des textes d’analyse, des transcriptions d’entretiens et une discographie complètent le corpus noté.
Nous espérons qu’à travers cette publication, ceux qui le désirent trouvent de quoi faire sonner à nouveau sa musique. »
Laurence Dupré et Jean-François Vrod.


Revue de presse et témoignages
Sans folklorisme ni mythe
Ce recueil de partitions, "Les airs de Jo", est consacré au répertoire du violoniste auvergnat Joseph Perrier. Il a été réalisé par une équipe réunissant Jean-François Vrod, Frédéric Aurier, Laurence Dupré, Jean-Marc Delaunay, Jean-Pierre Simonnet et Stéphane Milleret. Il s'agit d'un gros (160 p.) recueil de partitions commentées, bien lisibles et dont la reliure en spirale et le papier épais garantissent à la fois une manipulation aisée et une bonne conservation à l'usage. La partie recueil proprement dite est précédée d'une introduction composée de petits articles dressant le portrait humain et musical de Joseph Perrier, sans folklorisme ni mythe, mais en rendant bien compte de la complexité de son parcours, de l'apprentissage autodidacte, les influences classiques puis celles des revivalistes qui viendront le collecter.
JL Matte, musette.free.fr, mars 2011

Un entretien avec Jean-François Vrod
Joseph Perrier, violoneux de l’Artense.

Si aujourd’hui son violon reste silencieux, gageons que dans la publication du recueil « Les airs de Jo » consacrée à ce violoneux emblématique, celles et ceux qui le désirent trouveront de quoi faire sonner à nouveau sa musique.

Qui est Joseph Perrier ?
Joseph Perrier (1911-2003) est originaire de Bort-les Orgues, dans le canton de Champs-sur-Tarentaine, au nord du Cantal, dans un pays traditionnel d’Auvergne qui s’appelle l’Artense, dans lequel il y a eu une grosse tradition instrumentale de violon, une pratique assez ancienne, beaucoup de musiciens, des dynasties, des familles entières, énormément de témoignages de bals, de fêtes avec le violon. Un instrument qui arrive dans cette région vers le milieu du 19e siècle, avec un âge d’or d’à peu près 100 ans, jusqu’à l’après-guerre qui sonne le glas de cette pratique instrumentale.
Pendant la guerre, fait prisonnier, il se retrouve en Poméranie dans le cadre du STO*. Là, les gens de la ferme et ses camarades de captivité se cotisent pour lui procurer un violon. A son retour, il prend une ferme avec sa femme Germaine. Les années 50/60 sont les plus creuses de sa pratique musicale. Puis, dans les années 70, les collecteurs de musique traditionnelle arrivent : d’abord Alain Ribardière qui a réalisé un disque vinyle chez le label Chants du Monde, puis Olivier Durif, André Ricros, puis d’autres qui le visitent régulièrement. Il reprend alors une activité musicale importante. En 1992, sa maison, frappée par la foudre brûle, et son violon de Poméranie aussi. Une chaîne de solidarité se mobilise pour lui en offrir un nouveau pour ses 80 ans, un Mirecourt, réglé par Jean-Pierre Champeval. On constatera que par deux fois dans sa vie, la société des gens qui l’entourent lui amène un violon. Il est vraiment désigné comme celui qui doit jouer ! Une assez belle définition du musicien populaire.

Quelle était sa technique de jeu ?
Son parcours est celui des musiciens populaires de la région. Son père jouait, il était dans un bain musical. Adolescent, il rencontre Joseph Rivet qui lui apprend les principes acquis auprès d’un certain Foucault, personnage de légende sur le Massif central, un musicien classique originaire de Bordeaux, devenu aveugle et qui, ne pouvant plus lire ses partitions, s’est donc retrouvé à jouer avec des musiciens populaires à qui il a appris les principes techniques issus du violon savant : vibrato, démanché, évitement de la double-cordes, pas de corde à vide, éléments de conduite d’archets.
Bien sûr, d’autres musiciens populaires ont emprunté à la technique du violon savant, mais Joseph Perrier est quand même l’un de ceux qui a le mieux réussi le cocktail entre des éléments aussi différents. Il peut démancher et tout de suite après, utiliser un tempérament inégal, passer d’un monde musical à l’autre. Pourtant, à l’écoute, sa musique reste homogène.

Sur quel type de répertoire ?
Il jouait un important répertoire de musiques traditionnelles, mais aussi des airs d’opéra et d’opérette. Nous avons concentré notre effort sur les aspects qui nous semblaient relever de la musique traditionnelle, qui constitue l’essentiel du corpus, à partir de la tradition populaire, transmise oralement. Cela concerne essentiellement des bourrées, valses, scottishs, scottishs-valses, mazurkas, polkas, polkas piquées, marches de noces, réveillez, et quelques chansons. Il jouait beaucoup avec un ami chanteur (boulanger au village) qui s’appelait Jean Farge.
Toutefois, nous avons choisi de faire figurer aux côtés des mélodies traditionnelles de son aire culturelle d’origine, des mélodies de facture plus « savante », ou plus récente, et des mélodies traditionnelles apprises sur le tard parce qu’elles nous paraissaient tout autant témoigner de la pratique de ce musicien, et permettaient de mieux comprendre le processus de personnalisation mélodique à l’œuvre chez lui.

Comment est structuré cet ouvrage ?
Pour chaque mélodie – il y en a 117 - nous avons choisi une version référente. Nous définissons cette version comme celle qui nous paraît avoir été la plus entendue au cours des différentes enquêtes portées à notre connaissance, soit une trentaine d’années d’enregistrements de 1974 à 2002. Sur cette version référente, présentée en premier, nous avons relevé le système d’ornementations et les variations de tempérament lorsqu’elles se présentaient. Viennent ensuite les variantes mélodiques et rythmiques. Enfin, quand cela était possible, nous avons noté des versions enregistrées à d’autres époques quand elles présentaient de réelles différences avec la version référente. Globalement, et à notre grande surprise, sa musique reste assez stable. En 30 ans, les modèles mélodiques bougent assez peu…
Enfin, des notes, textes d’analyse, transcriptions d’entretiens, une interview de sa femme, des photos et une discographie sont venus compléter le corpus noté.

Avez-vous envisagé un support sonore ?
Peut-être rebondira t-on un jour sur un CD, voire un DVD, ou bien d’autres s’en chargeront. Cela étant, il y a une très grosse matière et il faudra faire un disque des musiques de Joseph. Actuellement, des extraits de sa musique sont écoutables sur le site de l’AMTA. On trouve encore des cassettes. Pour le vinyle de Ribardière, c’est plus dur…

A quel public s’adresse d’un tel travail ?
Notre souhait le plus cher est que des gens trouvent là une matière et une manière pour jouer cette musique. Une partition de mélodie traditionnelle constitue en quelque sorte un squelette. Mais ce squelette, il faut l’habiller. Non pas en disant : « voilà la musique telle que Joseph la jouait, il faut la rejouer absolument comme ça », mais en bénéficiant d’éléments musicaux notés tels les variations mélodiques, les ornements, les versions suivant les époques, les notations de tempéraments. Joseph, comme de nombreux violoneux de cette époque, jouait parfois dans un tempérament inégal. avec des quarts de ton. On donne donc des pistes pour rejouer cette musique mais chacun fera ce qu’il veut avec ça pour l’intégrer ou non dans sa pratique. C’est un outil pédagogique pour stage…
Disons que c’est un outil musical dans lequel on parle de variations et d’ornementations, du tempérament inégal. Je pense qu’aujourd’hui, après 40 ans de renouveau des musiques traditionnelles, on est en capacité de livrer des objets qui vont un peu loin dans l’analyse musicale que ce qu’on a fait jusqu’à présent. Et j’appelle de mes vœux des publications qui ne seraient pas uniquement du répertoire, mais qui iraient un peu plus profondément dans l’analyse musicale, car je crois que cela constitue des outils précieux pour ceux qui veulent interpréter ces répertoires.

Quel relation à la danse ?
Joseph a joué en bal, mais la majeur partie de sa pratique fut ensuite en situation d’écoute. Après, on peut se poser la question de savoir si dans le cadre d’une pratique prolongée du bal, on aurait assisté à de plus importants changements dans sa musique. On peut s’interroger aussi sur les enregistrements et la présence des collecteurs. Est ce que cela n’a pas contribué à figer mélodiquement des choses ? On n’en sait rien, la seule chose que l’on peut faire, c’est de comparer avec d’autres musiciens qui ont été enregistrés de la même façon. Je pense à Léon Peyrat, sur lequel j’ai travaillé aussi, et qui a été enregistré sur une période assez longue par Olivier Durif. Là, on est sur une musique plus mobile, plus souple dans le travail de la matière mélodique, et pourtant, lui non plus n’avait pas une pratique de bal régulière.
En 74, Joseph n’est déjà plus dans une pratique traditionnelle, il est déjà dans quelque chose d’autre. Les collecteurs viennent le voir et la société autour ne danse plus comme ça dansait quelques décennies avant. Mais on est tout de même en présence d’un précieux témoignage de 30 années de la pratique musicale d’un musicien populaire, et rares sont ceux qui ont été enregistrés et suivis sur une période aussi longue…

Ce recueil, c’est le fruit d’une démarche collective…
Oui, réalisé sur quatre années, en compagnie de Laurence Dupré (violoniste et enseignante, partenaire d’Olivier Wely dans le duo Dzouga), avec l’aide de Frédéric Aurier, violoniste, avec qui je joue dans la « Soustraction de Fleurs » et Jean-Pierre Simonet qui est un cabrétaire/guitariste, collègue de Laurence au conservatoire de Bourgoin-Jallieu (près de Lyon). Tout deux ont fait la notation numérique. Jean-Marc Delaunay, fameux violoneux qui enseigne en Limousin, auteur de plusieurs publications sur le violon populaire, nous a aidé pour les paroles des chansons, des bourrées et des valses. Il y a aussi un linguiste, François Cogneras, pour la graphie occitane, et enfin Stéphane Milleret, accordéoniste, membre du collectif Mustradem a réalisé la mise en page.
Enfin, ce travail est co-produit par les auteurs, l’AEPEM*, et Mustradem* qui est le producteur exécutif.
Je dois dire que nous sommes assez fiers d’avoir réuni cette équipe, composée de gens très différents, parce que cela correspond assez bien à ce qu’était Joseph, et à ce qu’est toujours Germaine, sa femme. Des gens qui ont toujours laissé leur porte ouverte à ceux qui sont venus les voir de la France entière.

* STO : Service du Travail Obligatoire.
* AEPEM : Association d’Etude, Promotion et Enseignement des Musiques traditionnelles des pays de France.
* MUSTRADEM : Musique traditionnelles de demain

www.mustradem.com
Rencontres de violon traditionnel en Île-de-France

www.rencontres-violon-idf.org

Propos recueillis par Alain Bormann, Trad Magazine, janvier -février 2011.