Germain Laisnel de la Salle, dit Alfred (1801-1870).
Collecte suspecte en Berry (environs de La Châtre, Indre). « A contrôler de près » (Patrice Coirault).
Ami de jeunesse de George Sand, propriétaire, il consacre après 1832 son temps à noter les moeurs et coutumes des paysans des environs de La Châtre (Indre). Il est un important contributeur – non nommé apparemment - au Glossaire du Centre du comte Jaubert (paru en 1856-1858).
Le sort, très particulier, de son principal ouvrage peut aider à comprendre la remarque de Coirault. Edité une première fois, cinq ans après sa mort, par ses enfants (A. et C. Laisnel de la Salle) sous le titre Croyances et légendes du Centre de la France, souvenirs du vieux temps, coutumes et traditions populaires, Paris, Chaix, 1875, il est réédité en 1902 chez Maisonneuve et Larose, dans l'importante collection « Les littératures populaires de toutes les nations, sous les numéros 40 & 44 et sous le titre Souvenirs du vieux temps. Le Berry (Paris, Maisonneuve et Larose, 1902). La comparaison des deux ouvrages montre d'importantes différences : suppression de passages entiers dans la réédition, et adjonctions de notes bien postérieures au décès de Laisnel de la Salle (par exemple, citation d'un article de presse datant de 1898). Mais la plus importante différence, de notre point de vue, concerne l'appendice, « Lyre paysanne », où sont publiés 15 branles et chansons (textes et musique), absente de l'édition originale. (Une réédition est faite en 1994 aux éditions Jean de Bonnot : c'est le texte de 1875, sans l'appendice musical, mais étrangement agrémenté d'autres appendices non signalés en tant que tels, et de gravures affublées de « citations » venues dont ne sait où).
L'appendice de l'édition Maisonneuve et Larose où figurent les partitions est-il de Laisnel de la Salle ? De sa famille ? D'une tierce personne ? La présentation est signée A. Laisnel de la Salle (son fils s'appelle Pierre-Amédée), qui dit : « ... on les chantait ou jouait sur la cornemuse , il y a soixante ans, dans les villages voisinants La Châtre. Nous ignorons si, en 1900, on les y connaît encore. » Si cette édition est donc à coup sûr bien postérieure au travail du père, qu'en est-il de la collecte ? A-t-elle été faite, comme semble le dire cette présentation, dans les années 1840 ? Date-t-elle du moins d'avant 1870, ou bien doit-on la dater d'un peu avant 1900 ?
Patrice Coirault dit : « A contrôler de près. » Et on ne retrouve dans son catalogue que 7 des chansons publiées par Laisnel, y compris celles qui, données sans musique, figurent dans le corps du texte de 1875 (4 sur les 15 de l'appendice). En effet, les textes des chansons de l'appendice sonnent faux, ont un certain côté apprêté, par rapport aux paroles que l'on a coutume de retrouver dans la plupart des recueils de folkloristes. Il en va de même pour la langue utilisée. Barbillat et Touraine disent : « Le paysan berrichon ne chante pas tout à fait comme il parle. » « Dans aucune de nos chansons on ne trouvera "geau" pour coq, "taure" pour vache, "dégarciller" pour "gâter", etc.. C'est sa façon de témoigner son respect pour le chant dont il sent instinctivement la noblesse. » Ce phénomène est bien connu, et il est vrai qu'en d'autres provinces, on entend plus de français dans les chansons qu'on avait de chance d'en entendre dans les conversations. Avec Laisnel de la Salle, on a l'impression du contraire, que les textes ont été, de manière systématique, « retraduits » en parler vernaculaire.
Est-ce le cas aussi des mélodies ? Sont-elles « sincères », comme aurait pu dire Coirault ? C'est assez difficile à dire : bon nombre de mélodies ne « sonnent » pas comme celles de Millien ou de Barbillat Touraine, et sont pourtant immédiatement reconnaissables comme appartenant aux « standards » berrichons. Deux hypothèses sont possibles, mais qui finalement reviennent au même. Soit ces airs et chansons proviennent directement des milieux lettrés régionalistes berrichons de la fin du XIXe siècle (voir à Lapaire, par exemple), dont il ne faut pas mésestimer l'importance et la précocité de leur rôle dans la constitution du répertoire « officiel » berrichon, si l'on ose dire - tout un chapitre du Barbillat Touraine est consacré au répertoire de la Société des gâs du Berry. Ou bien ces airs ont été réellement collectés en milieu paysan, mais déjà influencé par ces milieux urbains et demi-savants. Il est possible que les mélodies publiées par Laisnel aient été ainsi véhiculées par ces milieux et se soit retrouvées par la suite dans la bouche ou sur les instruments d'informateurs apparemment directs. (Voir dans Barbillat et Touraine, tome 1, « Notre Oeuvre », p. 22-23, un paragraphe édifiant à cet égard. Après avoir cité leurs devanciers (Laisnel de la Salle, l'abbé Jouve, Henri Gay, J. Barbotin, et Hugues Lapaire, B & T parlent de l'impulsion vers le retour à la musique populaire, suscitée par la Société des Gâs du Berry, et la revue d'Edmond Augras et Jean Baffier, Le réveil de la Gaule : « Cependant, à entendre redire par l'orchestre des maîtres sonneurs (ie Les Gâs du Berry) les gais refrains encore vivants dans le souvenir de quelques anciens, on se reprit à les aimer, on les chanta, on redemanda les paroles. Etc. »)
Il n'y a pas de noms d'informateur. La localisation (environs de La Châtre, dans la vallée noire), et la datation (avant 1900 -avant 1870 ? peu probable), viennent de cette source indirecte, sans aucun doute incertaine.
Laisnel de la Salle, « Lyre paysanne, chapelet de vieux airs et branles de la vallée noire », Souvenirs du vieux temps. Le Berry, tome 2, Paris, Maisonneuve et Larose, collection « Les littératures populaires de toutes les nations, numéro 44 », 1902. Réimprimé en 1968 (c'est cette réimpression que nous avons utilisée).
Sigles : LaisnB + numéro de page


